Faisant face à une crise depuis septembre 2002, l’Etat de Côte d’Ivoire est sorti serein de plusieurs situations délicates grâce à un Gouvernement dynamique. Dans cet ensemble, l’Argentier ivoirien Charles Koffi Diby a marqué par son audace et sa stratégie basée sur une gouvernance transparente des Finances publiques. C’est un secret de polichinelle que de dire que les caisses de l’Etat ivoirien sont dans un état peu enviable à cause de la crise. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître depuis ces années, la Côte d’Ivoire continue de payer ses fonctionnaires et fait des efforts pour respecter ses engagements vis-à-vis de ses partenaires au développement. Comment l’Etat s’organise-t-il ? Dans une interview qu’il a accordée à un confrère, le ministre de l’Economie et des Finances répond à la question. L’homme qui a été Directeur général du Trésor public ivoirien de 2001 à 2005 fait savoir que le management des services publics africains est possible. Il l’a d’ailleurs signifié dans son ouvrage Management des services publics en Afrique : retour d’expérience...des raisons d’espérer, paru en 2003 et réédité en 2007 par Hachette. Selon lui, lorsque son équipe a pris fonction en 2001, une enquête d’opinion conduite par l’Université d’Abidjan a été menée afin de savoir ce que les gens pensaient du Trésor public aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Avec un taux de satisfaction de 23%, les réformes sont conduites et quatre ans après, suite à une enquête de cabinet, les résultats ont indiqué 76% de taux de satisfaction au sein du Trésor public et 31% auprès des usagers. Sur le marché monétaire, alors que la Côte d’Ivoire subit sa crise, les réformes entreprises permettent de réaliser un résultat impressionnant pour un pays en difficulté. En quatre ans, près de 650 milliards de francs Cfa sont engrangés parce que le pays a une capacité de remboursement, une gestion rationnelle de sa trésorerie et une gestion transparente des finances publiques. Le ministre Diby est convaincu que l’Etat ivoirien a un défi à relever parce que le trésor est une administration centrale qui a, en même temps, un caractère transversal. Aussi, vu que toute la crédibilité de l’Etat passe par elle, un progiciel avec l’aide de la comptabilité nationale française permettant de produire le compte général de l’administration des finances est conçu. Il permet d’aller jusqu’au bilan de l’Etat avec une variation des actifs et des passifs ! Ce progiciel qui s’exporte aujourd’hui dans la sous-région fait respecter la Côte d’Ivoire. Une autre stratégie de management mise en place est la lutte contre le clanisme et le clientélisme, dans une administration où le Directeur général à « droit de vie ou de mort » sur les carrières des agents.
Le budget au dessus de 2000 milliards
« Nous avons mis en place un comité de nomination. Le processus est devenu ainsi transparent. De même pour éviter les frustrations, en lieu et place d’un concours qui désignait le meilleur agent de chaque service à partir de critères édictés par la direction générale, nous avons mis en place un système de notation. C’est-à-dire « tu me notes, je te note. ». Du coup, quand on a annoncé les noms des différents lauréats, les gens applaudissaient parce que ces derniers faisaient l’unanimité. S’agissant de la corruption, il ne s’agit pas de dire à ses collaborateurs qu’ils sont corrompus ou « arrêtez la corruption », car c’est les injurier. Non, nous avons plutôt mis des affiches. On peut y lire : « Usagers du service public, nos prestations sont gratuites, exigez de nous respect, exigez de nous rigueur. » Le message est suffisamment explicite », fait savoir Charles Koffi Diby dans l’interview. Arrivé au ministère de l’Economie et des Finances en tant que ministre délégué en 2005 et confirmé à ce poste en 2007, l’Argentier ivoirien continuera d’amener les partenaires à faire davantage confiance à la Côte d’Ivoire. En fin 2007, pour une fois, et ce depuis huit ans, l’exécution du budget retrouve ses procédures normales et est exécutoire dès le 4 janvier 2008. Pour une fois, également, le budget a passé le cap des 2000 milliards. En effet, le budget 2008 s’équilibre en recettes et en dépenses à 2129,1 milliards de francs Cfa. Ces actions de normalisation de l’économie ivoirienne ajoutées aux efforts de respect des engagements de l’Etat ont fini par convaincre les bailleurs de fonds de la bonne foi de la Côte d’Ivoire. La confiance renouée, en pleine crise les bailleurs de fonds notamment les Fonds monétaire international et la Banque mondiale décident de refaire confiance à la Côte d’Ivoire. Par exemple, en avril 2008, dans le but de doter les Ivoiriens de moyens techniques et financiers leur permettant de faire avancer le processus de paix, les bailleurs de fonds ont mis plus de 115 milliards de francs Cfa à la disposition de la Côte d’Ivoire.